Passion Photo

Notre webzine photo

Tout savoir sur l'actualité des nouveaux produits photo

Bernard Jolivalt

Digixo Passion Photo : Comment êtes-vous arrivé à la photographie ?

Bernard Jolivalt : Comme beaucoup de gens, en prenant plaisir à prendre des photos. J'avais compris très tôt qu'un appareil photo était fait pour voir le monde plus que pour photographier des réunions de famille. J'étais déjà attiré par la rue qui est depuis toujours et partout mon territoire. Je trouvais naturel de photographier ce qui s'y passait.

DPP : Comment vous êtes-vous formé ?

BJ : Par la pratique, l'œil au viseur, mais aussi en lisant des magazines spécialisés, m'intéressant à tous les aspects de la photographie : technique, esthétique, historique... Une culture générale de la photographie, notamment la connaissance des œuvres des grands photographes, mais aussi des grands peintres anciens et modernes, est indispensable pour progresser.

DPP : Quel est votre matériel photo fétiche ?

BJ : Pour la photographie de rue, j'ai longtemps travaillé avec un Leica CL et un unique objectif, un 40 mm dont je trouvais l'angle de vue fabuleux. Je ne suis pas très attaché au matériel (dans tous les sens du terme). J'utilise depuis peu un Fuji X100 pour la photo sur le vif, avec lequel je retrouve cette prise en main particulière des appareils photo argentiques qui compte beaucoup pour photographier sur le vif. La visée puis le déclenchement s'effectuent d'un seul mouvement naturel. J'utilise parfois un reflex Nikon professionnel, même si ce gros pavé noir n'est pas très discret.

DPP : Comment vous définiriez-vous comme photographe ?

BJ : Comme un photographe libre et témoin du quotidien, dans la lignée des photographes humanistes.

DPP : Vous avez aujourd'hui développé une expertise dans la photo de rue, quelle est votre inspiration derrière ce travail photographique, qu'en retirez-vous ?

BJ : En même temps que l'instant décisif, je recherche cet ordre rigoureux mais précaire qui se manifeste fugitivement dans un quotidien chaotique. Une photo dans laquelle ces deux éléments sont réunis – l'instant et la géométrie – est un grand bonheur que je m'efforce de répéter chaque fois que je sors dans les rues. S'il y a une touche d'humour en plus, c'est encore mieux.

DPP : Vous écrivez et traduisez de nombreux ouvrages dans le domaine de la photo, comment reliez-vous l'image photographique et le texte, l'écriture ?

BJ : L'écriture et la photographie sont deux moyens d'expressions qui me procurent un égal plaisir, quoique de nature différente. Mes ouvrages sur la photo sont plutôt techniques, bien qu'une tendance se développe, dans les livres que je traduis, vers des interrogations sur la pratique de la photographie et sa finalité. Il y a hélas peu de place pour la réflexion dans mes propres ouvrages. Je me rattrape quelque peu dans mon blog "La photographie de rue" (http://bernardjolivalt.blog.lemonde.fr/).

DPP : Vous êtes président du concours photo Digixo  "Photos de rue ", quels conseils donneriez-vous aux photographes qui vont participer à ce concours ?

BJ : La plus grande exigence vis-à-vis d'eux-mêmes. Ce n'est pas parce qu'une photo a été prise "dans la rue" que c'est une photo "de rue". Il faut qu'elle exprime quelque chose. La composition, notamment, doit être irréprochable : tout ce qui ne participe pas directement à l'image doit être exclu. Une image doit parler d'elle-même, sans autre légende que le lieu et l'année.

DPP : Quels sont vos projets photographiques pour 2012 ?

BJ : Début juin, j'anime une conférence-débat aux 6e Rencontre Nikon Passion sur le thème "Graphisme et géométrie dans la photographie de rue". L'entrée est libre, vous trouverez les informations sur le site www.nikonpassion.com. Fin juin, je suis à Berlin pour une rencontre entre les meilleurs photographes de rue du groupe On Every Street. Pendant deux jours, nous serons une quinzaine à parcourir la capitale allemande avec pour seule motivation de ramener chacun dix photos fortes. Je travaille actuellement sur un ouvrage collectif consacré à l'autoportrait, à paraître aux éditions Pearson. Il va de soi que l'on m'y verra dans la rue.

DPP : Pouvez-vous choisir et nous commenter deux de vos photos de rue préférées ?

 

 

BJ : L'homme au tuyau est depuis toujours ma photo préférée. Elle a été prise dans la précipitation avec le Leica CL, juste après des inondations de la Seine à Paris. Des ouvriers rangeaient le matériel de pompage en contrebas, sur la voie sur berge. J'avais immédiatement repéré celui qui marchait le long de la ligne blanche droite en portant une courbe et je m'étais dépêché de le photographier. S'il n'avait dévié que d'un pas, cette photo aurait perdu tout son intérêt. J'ai pris cette vue ainsi qu'une autre moins forte car en trois pas, l'ouvrier était déjà trop loin (je n'utilise jamais de moteur ou de mode rafale). Au développement, je remarquais qu'un élément de la rambarde est plié, formant un rappel de la courbure du tuyau. Il y a aussi un tuyau souple roulé qui est l'évocation d'une courbure extrême. Rien ne vient parasiter cette photo très graphique, d'une géométrie irréprochable, qui n'a pas été recadrée, où tout participe à l'image. Elle exprime aussi pour moi une vision et une esthétique de la classe ouvrière.

 

 

La deuxième photo a été prise avec un Nikon D2X dans le très touristique marché aux poissons de Saint-Tropez. Contrairement à la photo de l'ouvrier au tuyau, elle a été recadrée parce que je n'avais pas eu le temps de zoomer en avant avec le 12-24 mm qui était calé à la focale la plus courte. Si j'avais dû actionner la bague, je manquais la photo. Je n'aime pas recadrer une photo. En argentique, je conservais le bord noir prouvant que le tirage était conforme à ce que j'avais vu dans le viseur. Le cadrage définitif à la prise de vue est une très bonne école du regard, on y apprend la rigueur. Mais parfois, on n'a pas le choix. C'est donc dans l'ordinateur, avec Photoshop, que j'ai recadré cette image avant de la convertir en noir et blanc. La composition très dynamique à cause de l'attitude des poissons qui semblent obéir au geste impératif de la vendeuse.

 

Pour connaitre l'actualité de Bernard Jolivalt : www.bernardjolivalt.com/

Pour tout savoir sur la photo de rue :

Dernière mise à jour le 28/12/2016

Réagissez !

Votre email ne sera pas visible
 
Veuillez saisir le code de sécurité
Ce code est nécessaire pour prouver que vous n'êtes pas un robot

Commentaires

rose - jeudi 24 novembre 2016
j'aime beaucoup le regard de cet artiste.
Bravo
Top